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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:08

cours du soir - Maeve Binchy

 

résumé

 

 

L’auteur nous propose des moments de vie tirés de l’histoire très personnelle d’hommes et de femmes hétéroclites, des personnages sans fioritures comme l’on pourrait en croiser dans la rue. Chacun est mû par une motivation propre qui l’a incité à s’inscrire à ces fameux cours du soir, dirigés d’une main de maître par Signora, cette étrange irlandaise venue de Sicile.

 

Ce livre se construit comme une succession de petites nouvelles, chaque chapitre étant dédié à la vie d’un personnage. Ils dévoilent au lecteur comment les membres de cette classe se sont décidés à franchir deux fois par semaine les portes d’un collège en piteux état situé dans un quartier malfamé, ceci dans le but d’apprendre l’italien. Des hasards de la vie qui font se croiser des personnages que tout oppose et qui bouleverseront leur quotidien …

 

L’on est transporté par l’enthousiasme qui entoure l’apprentissage de cette langue et de cette culture magnifique et qui gagne peu à peu l’ensemble du groupe, touché par cette passion indéfectible pour la grande botte d’une Signora charismatique. Une passion communicative qui parvient jusqu’au lecteur, et qui donne l’envie de se joindre à leur folle aventure.

 

Maeve Binchy dévoile avec justesse l’intimité de provinciaux irlandais, la solitude qui les habite et dans laquelle ils s’enterrent petit à petit sans s’en rendre compte. Ces cours du soir deviendront leur exutoire, leur laissant entrevoir un avenir heureux fait de rencontres surprenantes. Située au cœur de l’Irlande, cette histoire est une invitation au voyage, pleine de tendresse et de courage. 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 14:25

Les livres sont des trésors faits pour être découverts ; l’instant d’une rencontre intime avec un personnage qui nous accompagnera le temps de quelques soirées en tête-à-tête ; il occupera une place de choix sur notre table de chevet, sur le plaid bien chaud de notre canapé, sur un banc en bois à l’ombre d’un peuplier, … Se plonger dans son histoire, en savourer chaque mot, prendre des notes sur un carnet relié pour relire des expressions qui nous ont marqués, le conserver comme un précieux trésor dans un coin de sa maison, se remémorer ces phrases qui nous ont touchés et revivre les mêmes émotions à chaque fois que l’on pose son regard sur sa couverture. Les livres sont une effusion d’émotions. Il y en a qui nous touchent un peu plus, ceux qui réveillent nos souvenirs en font partie. Conseillé et prêté par une amie, A Mélie, sans mélo appartient à cette catégorie.


A Melie sans melo, Barbara Constantine


 A Melie sans melo, Barbara Constantine

(Les illustrations sont de Emma Lidbury).

 

Ses 247 pages sont une bouffée d’air pur, qui sent bon les coquelicots, l’herbe fraîche et la brise légère d’un soir d’été. L’auteur nous emmène pour une flânerie dans les souvenirs enfouis de notre jeunesse ; ceux d’un été passé à la campagne, entouré de sa famille et de ses amis, où l’on profite de chaque instant avec force et gaîeté, où, allongé dans un champ, l’on se prend à donner vie à nos rêves, la tête dans les nuages. Ces étés où l’on ne se soucie guère du lendemain, où l’on se réjouit des bonheurs simples et sans fioritures.

 

Mélie, une grand-mère attentionnée, en connaît des choses sur ces petits plaisirs qui rendent la vie heureuse : chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins, regarder pousser les bambous en écoutant La Traviata, faire de longues promenades à vélo, savourer les fruits frais de son jardin à peine cueillis, construire une cabane perchée dans un arbre, admirer la première envolée d’une nichée de mésanges bleues, observer une épeire tisser sa toile tel un artiste prodige, apprendre à pêcher des poissons à mains nues, … Des souvenirs d’un été qui seront gravés toute une vie comme de délicieuses madeleines de Proust et qui valent tous les plus beaux héritages.

 

A Mélie, sans mélo nous raconte l’histoire de gens simples, de gens qui se satisfont des moments passés ensemble, qui apprécient chaque instant comme si c’était le dernier et parviennent à occulter de leur quotidien vieillesse et maladie. Sur un ton humoristique et léger, Barbara Constantine nous offre une leçon de vie à travers l’histoire de personnages attachants et touchants. Il y a Mélie, une grand-mère un peu délurée qui voit toujours la vie du bon côté et semble d’une éternelle jeunesse, sa petite-fille Clara qui vit sa première histoire avec le gentil Antoine, Fanette, la mère de Clara, qui se laisse entraîner dans de folles histoires avec ses amoureux, et puis le vieux Marcel, un bougre au grand cœur qui répare tout ce que Mélie casse intentionnellement pour lui donner du travail. D’autres personnages tout aussi drôles et attachants font vivre un été inoubliable à Clara, et nous font passer un moment délicieux.

 

 

Un livre à mettre entre toutes les mains pour une vraie cure de bonne humeur ! A dévorer dès que l’on a un moment, comme une savoureuse tarte sucrée 

 

Du même auteur, découvrez  Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom ; Et puis, Paulette ... ; Alllumer le chat.

Dans la même veine, retrouvez Cents coups de sang d’Ernestine, d'Ernestine Chasseboeuf, que je vous avais présenté dans un précédent post.

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:12

Je vous présentais il y a quelques jours un concept pour lequel j’avais eu un véritable coup de cœur, celui de « Lettres d’un Inconnu ».

C’est avec un plaisir non feint et une pointe d’excitation que je tiens dans ma main ma première lettre …

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Dans une enveloppe sobre rectangulaire brune, ornée d’un joli timbre que les collectionneurs jalouseraient, se cache la lettre mystérieuse tant attendue. Sur un carton, sur lequel mon nom est personnalisé à la main, je découvre que ces mots sont nés de la plume de François Simon. François Simon n’est autre qu’un grand critique gastronomique au Figaro Magazine, journaliste et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. La gastronomie, voilà un sujet qui nous rapproche …

 

Je déplie avec soin la lettre, deux feuillets, où je découvre leur contenu écrit à l’encre noire. J’admire la qualité du papier, le soin porté à l’écriture ; j’ai le sentiment de réaliser un bond dans le passé, au temps de la Cour Royale où les missives étaient monnaie courante ; je cherche le cachet de cire estampillant le document ...

 

Mon correspondant partage avec moi, son lecteur, le plaisir de la rencontre qui s’opère par le contact des mots sur le papier, donnant lieu à une relation naissante entre deux êtres, jusqu’alors étrangers l’un de l’autre. L’on a envie de prolonger cette correspondance, de donner la réplique à cet inconnu qui nous devient familier.

Lui répondre ? J’y songe. Car c’est cela aussi, la magie de « Lettres d’un Inconnu ». Un échange qui se crée à travers l’écriture. 

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:53

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Synopsis : A New York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois. Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

 

Joël Dicker, un jeune suisse de 27 ans, signe son deuxième roman après un premier livre (Les derniers jours de nos pères) qui l’aura fait connaître auprès de ses pairs, sans pour autant lui valoir consécration auprès du grand public. 

Il lui aura fallu deux ans pour achever La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Le résultat est à la hauteur du travail fourni - minutieux, extrêmement réfléchi, digne des plus grands maîtres du thriller. Joël Dicker s’est vu très justement récompensé du grand prix du roman de l’Académie Française.

Le récit s’agence comme un puzzle mêlant passé et présent, dont les morceaux épars s’emboîtent peu à peu au fil des pages. Le lecteur a le sentiment de vivre le récit au travers de l’esprit torturé de l’écrivain Marcus Goldman, dit « Le Formidable », qui se dévoue corps et âme dans cette enquête. Eclaircir l’épais nuage qui entoure la mort de la petite Nola Kellergan et ainsi innocenter son ami, le grand écrivain Harry Quebert, deviendra son obsession. Plus les chapitres défilent, plus l’énigme se complexifie, conduisant à de nouvelles interrogations ; car derrière le voile se cache une arborescence tortueuse aux nombreuses ramifications.

Le lecteur est tenu en haleine jusque dans les dernières pages grâce à une série de rebondissements pour le moins inattendus. A tel point que, à l’image du héros de ce roman, il lui sera impossible de décrocher de cette histoire avant d’en avoir découvert les arcanes les plus profonds.

Ce roman, à l’écriture fluide et agréable, est une réflexion sur les travers de la justice américaine, l’influence des médias, l’amour véritable, mais aussi sur le difficile métier d’écrivain et la gestion de la pression exercée par la notoriété qui en découle. Si chaque auteur rêve d’écrire un grand ouvrage qui lui vaudra un prix Nobel, il est dit qu’un écrivain ne produit qu’un seul chef d’œuvre dans sa vie.

Autour de la fameuse « maladie des écrivains », celle de la page blanche, l’auteur nous présente les doutes et les peurs d’un homme privé de son art. Le lecteur appréciera ces petits clins d’œil au métier d’écrivain, qui sont autant de sages réflexions sur la vie en général.

 

Joël Dicker termine son roman par ces lignes : « Un bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l’effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d’un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé. »

Cela ne pourrait mieux traduire le sentiment éprouvé par le lecteur en refermant ce beau roman.

 

 

 

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 07:55

Hissé sur la pointe des pieds, du haut de ses trois pommes, il s’accroche tant bien que mal au rebord de la fenêtre pour apercevoir l’allée en gravier de sa maison donnant sur la rue, calme à cette heure de la journée. Et il guette …

Enfin le bruit tant attendu arrive jusqu’à ses oreilles, celui du crissement des freins du beau vélo jaune de Mr Alfred, le facteur du village. Il pousse la grille en fer forgé et s'avance vers la boîte aux lettres, fouille dans sa grande sacoche en cuir brun d’où dépasse une multitude de lettres de différentes tailles. Il en sort une lettre manuscrite, l’adresse est écrite à la plume, à l’encre bleue. A la vue du facteur, le petit garçon, arborant un large sourire, quitte prestement son poste d'observation et vient se camper devant lui, trépignant d'impatience. Le facteur lui remet le trésor du jour, une jolie lettre à son nom. Ce petit garçon, ce pourrait être votre père ... Une histoire d'un autre temps, celui où l'on écrivait encore des lettres à la main.


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De cette nostalgie des correspondances avec ses proches, des belles lettres manuscrites, est né le concept « Lettres d’un inconnu ». Deux lettres seront postées chaque mois à votre adresse personnelle, des lettres qui vous raconteront une histoire de vie, une rencontre inoubliable, une anecdote, un poème, ... Seules les plus belles correspondances seront sélectionnées par Fanny (à l’origine du concept), écrites de la main d'artistes ou de gens « ordinaires ». Parce que chacun a une histoire à raconter, son histoire de vie. Certaines seront proposées sous la forme d’un album de souvenirs, agrémentées de photographies, d’illustrations, d’annotations, …

Gardez-les précieusement, comme un trésor secrètement conservé dans une boîte à chaussures …

Une lettre vous a particulièrement touché ? Prenez votre plus belle plume et répondez à "l’inconnu" qui en est l’auteur. Qui sait, peut-être qu’une jolie correspondance est sur le point de naître :)


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lettresduninconnu.fr

Abonnement : 6,95€ mensuel (possibilité d’offrir l’abonnement à un proche) pour la réception de deux lettres par mois. 

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:12

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Qu’il est loin le monde des sorciers … L’auteur de la saga des Harry Potter, qui lui a permis de devenir mondialement célèbre, nous prouve avec son nouveau roman qu’elle excelle dans tous les genres. C’est à un public adulte qu’elle s’adresse cette fois avec une satire sociale des plus vives. L’écriture très spontanée et crue, qui peut surprendre au premier abord, apporte un réalisme saisissant à un récit évoluant dans un style très sombre. Soignée et décortiquée avec la minutie d’un chirurgien, la personnalité torturée des personnages, en particulier cette jeunesse révoltée par un monde d’adultes en proie à l’hypocrisie, apporte force et relief à la narration. Une mère junkie, un mari victime de TOC morbides, un couple de pakistanais profondément humanistes, un maire imbu de sa personne, un père violent, une adolescente survoltée, quelques portraits peints par l’auteur qui s’efforce de leur donner vie en leur apportant de la consistance. Pari réussi.

 

La drogue, l’alcool, la violence, la misère sociale, la mort, aucun sujet n’est épargné et les choses sont énoncées sans détour dans des termes bruts. L’auteur décrit avec une justesse déconcertante les mœurs et faux semblants de ces habitants d’une petite bourgade, faisant face à la disparition tragique d’un membre éminent du conseil paroissial, Barry Fairbrother. Une disparition qui va révéler des instincts dominateurs en quête de pouvoir ne reculant devant rien pour occuper cette place devenue brusquement vacante.

 

« Aucun d’entre eux n’était Barry. Il était l’incarnation vivante de ce qu’ils proposaient en théorie : l’arrachement à la pauvreté et l’accès à la richesse par le biais de l’éducation ; le rejet d’une vie placée sous le signe de l’impuissance et de la dépendance au profit d’une existence tout entière vouée au bien-être de la société. N’avaient-ils donc pas conscience de la médiocrité de leurs arguments, comparés à ceux dont le défunt était devenu le symbole ? ». Barry Fairbrother incarnait ce lien entre deux mondes que tout oppose, méprisé par l’un, dénigré par l’autre, faisant fi de la lutte des classes. Une personnalité qui détonne avec celle de tous les autres personnages, chacun livrant peu à peu ses plus noirs secrets et démontrant qu’il ne vaut pas mieux que son voisin. Qu’on se le dise, l’espoir n’est pas un sentiment prôné dans ce récit, bien au contraire.

 

On se délecte de phrases assassines teintées d’une ironie sans vergogne, sorties de la bouche de personnages caractérisés par une hypocrisie viscérale, tellement évidente qu’elle en devient risible. Ces rivalités exacerbées contrastent avec l’apparence paisible qu’offre cette bourgade, dominée par le mensonge et le paraître sur fond d’inégalités sociales.

 

Une fois encore, JK Rowling nous démontre tout son talent de narratrice en signant un livre abouti. Que l’on aime ou que l’on déteste, ce roman ne laissera pas indifférent. C’est à cela que l’on reconnaît la plume des grands écrivains.   

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:42

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L'histoire : Sandra, une jeune femme d'une trentaine d'années, a décidé de venir s'installer dans un village isolé de la côte est espagnole. Un peu paumée, Sandra - qui vient de quitter un emploi qu'elle détestait et un homme qu'elle n'aimait pas mais dont elle attend un enfant - ne sait pas quoi faire de sa vie. Alors qu'elle passe de longues heures sur la plage, perdue dans ses pensées, Sandra fait la connaissance des Christensen, un couple d'octogénaires norvégiens installés dans le village depuis des années. Rapidement, le lien qui unit Sandra à ce couple devient plus qu'une simple amitié. Ils la prennent sous leurs ailes, décident de l'aider et la traitent comme la petite-fille qu'ils n'ont jamais eue. Mais un vieil homme tout juste débarqué d'Argentine, Julian, va venir perturber cette union fragile. Il révèle en effet à Sandra qu'il est un survivant du camp de Mauthausen, et que les Christensen ne sont ceux qu'ils prétendent être. Ne donnant au départ que peu de crédit à l'histoire de Julian, Sandra, étudiant les allées et venues de Karin et Fredrik et étonnée de leurs silences, finit tout de même par considérer le couple de Norvégiens sous un nouveau jour. Mais elle ne réalise pas encore que la fin de son innocence met sa vie en danger.


Clara Sanchez signe un roman pour le moins réussi. Dans cette chasse à l’homme  captivante, le lecteur est happé par un imbroglio de sentiments. Dans la lignée d’un Rosemary’s Baby et de l’Affaire Rachel Singer, l’histoire, sur fond de psychologie humaine, s’attache à nous rappeler que le passé s’accroche à nous comme une ombre tapie dans le noir et finit toujours par refaire surface pour venir nous hanter jusqu’à notre dernier souffle. La tension est palpable tout au long du livre et s’invite dans chaque mot, chaque silence, chaque geste. L’auteur a su recréer une atmosphère digne des œuvres hitchockiennes qui nous tient en haleine jusqu’au point final.

Comment ne pas être pris de compassion pour cette jeune fille, Sandra, venue se reposer dans un village reculé de l’Espagne, et qui se retrouve malgré elle, victime de son innocence et de sa naïveté, emprisonnée dans une cage dorée par un couple de vieillards dont elle ignore tout. Cette prison, subtile métaphore du camp de Mauthausen dans lequel Julian, aujourd’hui vieil homme, a séjourné. Le reste de sa vie sera bâti sur un profond sentiment de vengeance envers ses détracteurs nazis, signe de cette trace indélébile laissée par un passé torturé. L’écriture est juste, et nous révèle avec émotion la naissance de deux héros qui oseront peu à peu affronter leurs bourreaux, en quête d’une paix intérieure.

Il est intéressant de voir la folie qui semble émaner de chaque pore, de chaque souffle des personnages : la folie juvénile de Sandra de confier sa vie à des inconnus ; la folie obsessionnelle de Julian animée par son désir fou de vengeance pour que justice soit faite ; la folie inhumaine de ces fanatiques nazis convaincus d’agir pour le bien de l’humanité en purifiant une race supérieure.

 

« Nous longeâmes la plage une dizaine de kilomètres jusqu’à ce qu’ils tournent à droite et se garent dans une rue, au bout de laquelle on voyait un morceau de mer, une mer d’un bleu étincelant. Comment l’enfer et le paradis pouvaient-ils être si près l’un de l’autre ? De ce bleu étincelant à une mer en furie, il n’y a qu’un pas, comme si une puissance de destruction rôdait toujours ». Ce passage résume parfaitement l’atmosphère imposée dans ce livre. L’auteur nous offre une métaphore très juste de l’ambivalence humaine, ce visage que nous croyons connaître mais qui révèle parfois de noirs secrets.

 

Ce livre est touchant et très justement écrit. Il nous emporte par son réalisme, évoquant un pan marquant de notre Histoire avec des personnages ayant réellement existé, comme Le Boucher de Mauthausen. Un seul regret cependant, une fin qui laisse sur un sentiment d’inachevé … Mais peut-être la vie est-elle ainsi faite, et qu’il eût été illusoire d’envisager une autre issue. 

 

Ce que cache ton nom, Clara Sanchez, édition Marabout.

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 07:16

La visite du Salon du Livre à Paris (qui se tient chaque année en mars) est toujours un moment pour lequel je me réjouis d’avance. J’aime y passer des heures, à errer dans les allées, à jouer des coudes avec des inconnus tout aussi férus que moi d’histoires rocambolesques qui nous tiendront éveillés toute une nuit.

C’est également l’occasion de rencontrer ses auteurs préférés (le maître mot étant la patience …), mais aussi d’en découvrir de nouveaux ; des écrivains passionnés qui n’ont pas encore attiré l’œil des médias, mais dont on est fier, nous autres amoureux de littérature, d’avoir décelé avant tout le monde leur plume talentueuse !

 

C’est le cas d’Ernestine Chasseboeuf (s’agissant d’un pseudonyme, le mystère reste entier quant à la réelle identité de l’écrivain) et de sa série de récits épistolaires mettant en scène la vie de ladite Ernestine. Que dire de cette vieille dame, si ce n’est qu’elle incarne la grand-mère dont on rêverait tous (elle s’appellerait Poupette (mais siiiii, la grand-mère choc du film La Boum ; un peu de culture que diable ! ) que l’on n'y verrait que du feu !).

Ernestine a bien compris que le SAV des entreprises existait, et elle compte bien le mettre à profit ! Cette vieille dame indignée, comme l’appelait affectueusement Télérama, passe ses journées à écrire des lettres sur des sujets qui la tracassent : l’emplacement de la pharmacie de garde à Beaulieu-sur-Layon (bien trop loin pour une vieille dame comme elle), sa demande à Mr Lu et Belin de lui envoyer les ingrédients listés sur le paquet nécessaires à la confection des biscuits Lu Feuilleté Doré, sa requête à Franck Riboud (Mr Danone) d’écrire sa marque sur les yaourts en plus gros caractères pour savoir lesquels boycotter, ou encore son inquiétude communiquée à Confipote liée à sa consommation d’un pot de confiture périmé de 15 minutes …

Comment ne pas succomber au charme de cette vieille dame dont la plume se veut mordante (comme quoi on peut être centenaire et avoir du caractère !) et pour le moins drôlissime. On pardonnera volontiers sa candeur qui se traduit par un humour railleur. Les lettres se suivent, on ne s’en lasse pas, on en redemande ... On est pris d’affection pour Ernestine qui devient au fil du récit notre Poupette à nous, familiers de ses petites manies qui rythment son quotidien solitaire.

 

Un récit à mettre entre toutes les mains, pour une véritable cure de bonne humeur !

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Pour le plaisir de la lecture de ses mots, je ne résiste pas à l’envie de vous citer un extrait de ses lettres :)

 

Madame Ernestine Chasseboeuf                                                                                                            Le 5 avril 1999

49320 Coutures

à Confipotes, Materne et Cie

 

Cher Directeur,

J’écris toujours aux directeurs, mais je sais bien que mon courrier va pas plus loin que la poubelle de la secrétaire puisque personne me répond jamais, sauf Jules mais maintenant c’est un ami. C’est la seizième lettre que je fais pour réclamer et jamais de réponse. C’est toujours quand je suis fâchée que j’écris.

Aujourd’hui, c’est grave et urgent : on m’a apporté de la confiture il y a déjà quelque temps mais j’y avais pas goûté parce qu’il m’en restait de la mienne et que je la préfère. C’est pas que la vôtre soit mauvaise, mais si on a pas la loupe quand on l’achète, bernique pour savoir ce qu’il y a dedans.

Donc ce matin, je me suis préparé mon petit-déjeuner avec de la confipote à la pêche. Je m’étais levée tard parce qu’hier soir j’ai voulu voir la fin d’un film à la télé chez la voisine. Je me suis levée qu’à 10 heures et demie et je me suis installée pour mon petit-déjeuner. J’ai dû poser ma tartine de confiture quand la voisine a cogné au carreau pour savoir la fin du film vu qu’elle s’était endormie avant, ça m’a pris un peu de temps pour lui raconter et c’est juste quand j’ai fini ma tartine que j’ai vu l’heure sur le pot de confiture : à consommer avant le 5 avril 1999 11:45, il était midi et c’était foutu. Sans la voisine ça passait juste, mais là c’est sûr, j’ai dépassé. Je voudrais savoir si je peux pas tomber malade, ça me tracasse à cause de la mystériose, il paraît que ça s’attrape avec des produits pas frais. Donc, rassurez-moi ou dites-moi si je dois aller me faire analyser.

Faites pour le mieux et répondez-moi vite. Si par malheur je meurs avant votre réponse, j’ai envoyé un mot au notaire pour qu’il sache de quoi je serai morte.

Ernestine Chasseboeuf.

 

 

 

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 20:15

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                Voilà de quoi donner de l’espoir à tous ceux (moi la première …) qui seraient animés d’une pulsion d’écriture, l’envie de noircir le papier en donnant vie à des personnages sortis tout droit de leur imagination débordante ! Merci donc à Mr Alexis Jenni … Pour ceux qui se demanderaient encore qui est cette sympathique personne répondant au doux nom de Jenni, il s’agit d’un nouveau venu dans le haut cercle littéraire ; et bien lui en a pris de prendre la plume... ! Révélation de cette rentrée littéraire, il est gratifié d’un modeste prix Goncourt (pardonnez-moi du peu …) après l’écriture de son premier roman, intitulé L’art français de la guerre (Gallimard). Professeur de biologie, Jenni succède ainsi fièrement, à 48 ans, à Michel Houellebecque, consacré l’année dernière avec La carte et le territoire. Une bonne surprise pour notre écrivain en herbe, qui se décrivait comme un « écrivain raté » (notre homme a le triomphe "modeste", c’est à ces petits détails que l’on reconnaît les grands). Avec déjà 56 000 exemplaires vendus, cette consécration permettant d’aiguiller le choix des lecteurs lui promet encore une progression significative.

 

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                Dans son roman, Jenni met en scène Victorien Salagnon, un ancien soldat devenu peintre. A travers ses souvenirs, le personnage principal communique une vision polémique, un poil manichéen peut-être, de la France – la Seconde Guerre mondiale, l’Indochine, l’Algérie … -. Alexis Jenni entend ainsi nous mettre devant une vérité que l’on ignore : nous vivrions en pleine guerre civile et nous ne le saurions pas. Les frictions entre bandes de jeunes issus de l’immigration et police au pied des tours des quartiers défavorisés ne seraient que la continuation de guerres menées par la France dans la baie d’Along et la casbah d’Alger. Un roman singulier donc, à l’écriture fluide et assez simple.

 

                Après un Goncourt, un prix Médicis ou Femina ? Notre professeur, toujours en lice pour ces consécrations prestigieuses, peut se permettre de garder bon espoir. Alexis Jenni s’inscrit ainsi dans la lignée d’un Jonathan Littell, qui avait reçu ce même honneur en 2006 avec son premier roman Les bienveillantes.

              Même si notre auteur affirme qu'il lui sera difficile de faire mieux après ce premier roman, on ne doute pas qu'une belle carrière littéraire lui semble lui ouvrir les bras ... ! Alexis Jenni, un homme à suivre de prêt ...

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 17:45

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                Voilà une odyssée qui promet de rencontrer un succès à la hauteur de celui qu’il a déjà connu lors de sa parution au Japon, fin mai 2010, où elle a atteint les 2 millions d’exemplaires vendus. L’auteur de Kafka sur le rivage s’attaque avec son nouvel opus à un monument de la littérature, 1984 de George Orwell.

 

             1Q84 ? Si l’on sait que « Q » se prononce « kuy » en japonais, comme le chiffre « 9 », on retrouve la référence à notre ami George… Murakami nous emmène aux confins de deux mondes, l’un réel de 1984, l’autre qui se situe comme un monde parallèle, celui de 1Q84. Dans ce dernier se mêle imaginaire et rencontres énigmatiques comme l’observation de deux lunes brillant dans le ciel. On découvrira deux personnages emblématiques, Aomamé et Tengo, tous les deux âgés de 29 ans. Ils ont fréquenté la même école lorsqu’ils avaient dix ans, et partagent un pacte secret qui les unis à jamais.

 

           En 1984, chacun mène son existence loin de l’autre. Tueuse professionnelle, Aomamé se croit investit d’une mission : éliminer tous les hommes ayant fait violence aux femmes. Tengo est un génie des mathématiques, apprenti écrivain et nègre pour un éditeur. Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver … ; mais où ? quand ?

 

               Murakami a imaginé une odyssée initiatique en trois tomes, dans lesquels le temps et l’espace temps se trouvent bouleversés. L’auteur aborde des thèmes aussi vastes que la religion, la violence, l’histoire, les liens familiaux, l’amour, la vie et la mort.  Pour sûr, vous ne sortirez pas indifférent de cette lecture qui bouleverse tous les préjugés et qui se donne pour mission de sonder le mystère des êtres ...

 

Les deux premiers opus se trouvent d’ores et déjà en librairie ; pour le troisième tome, il faudra patienter jusqu’à mars 2012 !

 

1Q84, Haruki Murakami, ed. Belfond

Livre 1, 536p., 23€

Livre 2, 500p., 23€

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